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« les baigneuses »

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Jean Fournier, une révélation silencieuse

Aucun effort humain ne fascine davantage que l’aventure artistique. C’est que tous y devinent un affrontement magique qui, par sortilège, s’achève en accord : en œuvre. D’un côté, l’homme qui engage ses idées et ses choix, son expérience et sa morale ; de l’autre, la matière, ses contraintes et ses règles d’usage. Lorsque cesse la lutte brève ou opiniâtre, un résultat apparaît, différent de la simple addition des composantes. Une proposition nouvelle surgit comme par enchantement. Le mot vient à toutes les lèvres, pour exprimer cette insaisissable alchimie. Les conditions-mêmes de la création sous-tendent son interprétation. Chacun dispose à son gré d’une liberté de lecture, d’un éventail de sensations, d’une large palette de sens ; bref, toutes les nuances de l’adhésion et du refus.

Parce qu’elle échappe au rationnel et, dans une large mesure, aux exigences techniques ou sociales ; parce qu’elle se réfère au seul sensible, qu’elle sollicite le sentiment, l’œuvre d’art s’affirme intemporelle. Cette victoire incomparable sur le temps illumine la peinture, la nimbe d’un prestige sans égal. Ainsi rayonnent par toute la planète, de banals rectangles de toile peinte, simplement touchés par une grâce. Et cela éblouit ; et trouble d’autant plus que l’on en comprend mal la raison. Sans le contrôler, on est arraché à l’ordinaire, poussé à la rêverie, sollicité par mille questions. Au bout du compte, on se trouve placé, presque sans le vouloir, devant les interrogations essentielles. Message muet de l’œuvre que sa qualité d’image, sa charge de sens conduisent chacun de nous à formuler pour son propre compte. Irremplaçable qualité de l’art.

Le vrai peintre, on l’a compris, est moins celui dont l’œuvre accroche l’oeil que celui qui transforme le regard. Etre artiste, c’est faire naître des émotions, modifier des conceptions que l’on ne saurait toujours analyser. Il semblerait bien que Jean Fournier soit de ceux qui approchent autre chose que l’anecdote, le souvenir facile ou le confortable déjà vu. D’abord diffus, le trouble prend lentement corps à mesure que celui qui l’éprouve, le nourrit à son tour. On touche là au secret permanent de l’art : il enrichit qui se laisse émouvoir ; il accroît sa sensibilité ; il active son esprit.

René Le Bihan