alors qui ?

nu à la toilette turban rose 1Je descends, léger, ce matin, l’escalier de la «victoire de Samothrace» au Louvre.
J’ai, en effet, revu le couple égyptien de Ir Asbeth Sy, puis les primitifs, puis les Fouquet, enfin le portrait de Rembrandt par lui-même. Tout à coup, regardant les touches roses de la joue de Rembrandt, je me vois les peindre.
Je n’étais plus au Louvre. Je luttais avec cette matière rebelle que je connaissais si bien pour conduire à terme la vie qu’un simple faux-pas écrase…
Je commençais à comprendre que le Rembrandt de l’histoire, celui qui allait, le travail fini, enlever le mouchoir dont il s’était affublé ou boire un verre de vin, n’avait pas plus peint ce tableau que je ne venais de le faire.

Alors qui ?
Qui donc aussi était celui qui s’était distingué de tous les artistes pour réaliser l’irréalisable Ir Asbeth Sy ? ou le Charles VII ? ou le Christ de la descente de croix du XIIe siècle ?

Le même.

Indiscutablement le même. Aussi vraie que le soleil, s’impose cette évidence : toutes ces œuvres sont de la même main. Celles qui ne sont pas de cette main là sont apocryphes. On peut les signer sans rien ajouter à leur nature.

Ce qui explique, devant les chefs-d’œuvre, cette impression de « toujours existé ». Le temps ne le concerne pas.

Maître Eckhart disait : « quand un artiste fait une image de bois, il n’introduit pas l’image dans le bois, il enlève et creuse ce qui la recouvre, il ôte les scories… » Les scories du bois ou du temps ?

Jean Fournier