Reflexion

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Être aux aguets de l’introuvable est une assez bonne définition de l’art.

La réussite n’est que la résultante de toutes les occasions manquées.

Toute sa vie, Cézanne a lutté contre Cézanne. Jusqu’à ne lui laisser aucune place.

La couleur, comme le roquet, provoque la forme, mais c’est la forme qui a le bâton. Autrement dit, pas de forme sans la séduction originelle de la couleur, mais pas d’œuvre sans l’intransigeance souveraine de la forme.

Il y a une composante qui fait le paysage et il y a une composante qui fait le tableau.
Ce ne sont pas les mêmes.

La vérité commence où s’arrête la dialectique.

En peinture, le spectateur devient acteur. Le tableau n’est pas fait par l’artiste, ni regardé par l’autre, il est vu par les deux à la fois

Spectateur et acteur, deux compagnons de cordée dans le chemin qui mène à la source.
Acteur et spectateur : dans le silence de la nuit, la cordée monte et trace sa route de diamant.
Acteur et spectateur, pile et face de la même pièce.

La grandeur commence où cesse l’artifice.

Nous prenons toujours l’usuel pour référence. Ce qui nous éloigne de l’essentiel parce qu’il nous le cache.

Les arts plastiques ou le pouvoir de la vie. Sans ce pouvoir à la naissance, pas de peinture. On peut tout au plus illusionner les autres.

Degas dit : « le talent fait ce qu’il veut, le génie ce qu’il peut». «Le talent fait ce qu’il veut», sans doute, mais le génie veut ce qu’il fait.

Nous artistes, grands ou petits du dimanche ou de toute la vie, en nous faisant la courte échelle, nous essayons de nous élever au-dessus de notre condition d’homme. Peut-être est-ce à nous, habitués comme nous le sommes à sentir le poids du destin, qu’il appartient de faire basculer celui d’une génération ?

Jean Fournier